On ne peut pas parler de Saint Just-en-Chaussée sans parler des Frères Hauÿ. Beaucoup connaisse ce qu’à fait Valentin, mais peu de monde sait qui était son frère René-Just.

 

Biographie de  René-Just Hauÿ

 

René-Just voit le jour chez un couple de tisserands assez pauvres en 1743. Il fut remarqué comme son frère Valentin né en 1745, par le moine prieur de l’abbaye, et ils firent leurs études sous sa direction.

René-Just devint professeur, il fut ordonné prêtre et nommé régent de seconde au collège du Cardinal Lemoine à Paris. Là, avec son grand ami Lhomond, auteur de la grammaire latine, il se mit à l’étude des plantes et des minéraux. Or, un jour, visitant chez un ami, une collection de cristaux, il laisse tomber par maladresse, un bloc de spath calcaire, dont les morceaux font autant de prismes cristallisés. Ce fut pour lui un trait de lumière ! Il demanda la permission de ramasser les morceaux, les emporta chez lui, les étudia, et…. Les lois de la cristallisation des métaux étaient découvertes ! Pour calculer les proportions exactes des prismes, il se mit à étudier la géométrie et il en appliqua les principes à la cristallisation des minéraux. Les mémoires qu’il en fit paraître, excitèrent l’admiration de Lavoisier, Laplace, Cuvier et Daubenton, son professeur, qui, émerveillé, le fit entrer à l’Institut des Sciences à la chaire de minéralogie. Il publia plusieurs ouvrages. Mais la révolution arriva et comme il restait toujours prêtre, fidèle, insermenté, il fut jeté en prison dans les locaux désaffectés du séminaire St. Firmin, il échappa aux massacres grâce aux démarches de Geoffroy Saint Hilaire et d’un marchand de vin, commissaire de section, qui pris d’intérêt pour ce savant si tranquille, le fit élargir !   Hauÿ ne fut plus inquiété et il continua ses ouvrages scientifiques. Il fit paraître un traité de minéralogie en quatre volumes, un traité de physique etc… Tout le monde rendait hommage à sa science ; Napoléon le combla d’honneurs et lui dit un jour devant toute sa cour, qu’il avait  emporté à l’île d’Elbe  son traité de physique et qu’il l’avait relu avec le plus grand intérêt. L’Empereur de Russie lui avait offert six cent mille francs de sa collection minéralogique : il refusa, et elle est maintenant au Muséum de France.

 

A sa mort, le  3juin 1822, Cuvier prononça sur sa tombe, au nom de l’Institut l’éloge de « ce génie qui avait su découvrir les lois définitives de la structure des cristaux, comme Newton avait su découvrir les lois du système du monde.

 

 

Sources : Tiré des notes biographiques sur les frères René- Just et Valentin Hauÿ à l’occasion de l’inauguration du monument érigé en leur honneur devant la mairie de St. Just le 24 février 1902.

 

 

Nous connaissons un peu plus Valentin. Mais son histoire mérite elle aussi d’être détaillée ici. Toujours depuis les mêmes sources.

 

 

Elevé comme son frère par les moines de l’abbaye. Valentin vint à Paris chercher fortune, et il établit « une Ecole de calligraphie »  qui lui valut un poste de commis aux écritures au ministère des affaires étrangères. C’est par hasard, lui aussi, que lui vint l’idée de trouver une écriture spéciale pour faire lire les aveugles.

 

Biographie de Valentin Just Hauÿ

 

 Il assistait à des soirées musicales  donnée à Paris par une célèbre pianiste, Mademoiselle Paradis, devenue aveugle. Or, elle écrivait ses notes de musique au moyen  d’épingles piquées sur des pelotes, et elle expliquait les cartes de géographie par des perles mises en relief  sur les cartes. Valentin Hauÿ, par une admirable intuition, compris tout l’intérêt qu’il y aurait à trouver un système généralisé d’écriture en relief, facile à apprendre par les aveugles, au touché si développé. Dans ce but, pour commencer ses expériences, il alla choisir, comme sujet un jeune aveugle de 16 ans qui mendiait sur le parvis   de Saint-Germain-des-Prés. Celui-ci fit deux parts de ses journées : le matin, il gagnait sa subsistance en mendiant, le soir, il étudiait avec Valentin. Huit mois après, il savait lire, compter avec ses doigts connaissait un peu de musique et de géographie. Le frère aîné René-Just  Hauÿ  étant de l’Académie put présenter son frère et son élève à ses collègues. Ceux-ci furent émerveillés des résultats obtenus, et ils firent un rapport fort élogieux de « professeur qui emploie des caractères mobiles en relief que l’aveugle s’habitue à reconnaître au toucher. »

 

Alors, aidé par le ministère des Affaires étrangères, Valentin Hauÿ fonde une école gratuite pour 12 aveugles. Ceux-ci, bien formés, donnent des séances qui attirent l’attention. Le roi Louis XVI s’y intéresse, lui donne avec le local nécessaire, de quoi recevoir 120 élèves aveugles. Valentin les instruit lui-même, leur apprend à lire d’après sa méthode, mais il ne peut toutefois arriver à les faire écrire eux-mêmes. C’est Charles Barbier, ancien officier d’artillerie, qui inventa le système des points en relief. Braille, professeur à l’institut des jeunes aveugles, aveugle lui-même, ne fit  que le perfectionner.

 

En 1790, le duc de la Rochefoucault-Liancourt voulut fusionner l’école de Valentin Hauÿ pour aveugles avec celles des sourds-muets, dirigée par l’abbé Sicard. Mais Valentin Hauÿ, d’une imagination exaltée, adopta les idées de la Révolution, entra en lutte avec l’abbé Sicard, resté fidèle, devint adepte de Larevellière-Lepeaux, théophilanthrope, et…. Se maria avec une marchande de quatre saisons ! Résultat : son établissement, n’ayant plus ni règle, ni conduite, péréclita, et fut fusionné d’autorité avec l’hospice des  Quinze-Vingts. Alors, Valentin passa en Russie pour y fonder un établissement d’aveugles. Il échoua, et après plusieurs autres essais infructueux, il vint se réfugier chez son respectable aîné René-Just, près duquel il mourut assagi, le 18 mars 1822 à l’âge de 77 ans.

 

Les   aveugles reconnaissants exécutèrent, à ses funérailles, une messe de Requiem composée par eux, et lui élevèrent, au cimetière du Père Lachaise à Paris, un monument où l’on peut lire cette inscription : A Valentin Hauÿ 1745/1822 – Les aveugles reconnaissants.