ADRIEN PASCAUT

 

Sosa 2

 

 

Né en 1894 le 20 février. Adrien était le premier enfant de la famille après 10 ans de mariage. Avant de partir à l'armée, il apprendra le métier de Serrurier chez Monsieur Mullier à St. Just en Chaussée. C'était un jeune homme très indépendant qui avait beaucoup de mal avec l'autorité d'un supérieur. Il était très proche de sa sœur Fernande et d’un de ses cousins Marcel Devillers.

Adrien et Marcel Devillers 2

Jeune homme, il aimait faire du vélo et n’hésitait pas, certains dimanches d’été à relier les plages picardes avec sa vieille bécane pas très confortable, seul ou accompagné, parfois d’un ou deux copains, un bon bain sur la plage du Tréport, rien de tel pour effacer les marques de fatigue et refaire le soir le retour en sens inverse. Le Tréport à 150 kilomètres  n’avait plus de secrets pour lui, ni toutes les petites routes empruntées, il savait nous dire qu’à partir de Forge les Eaux, il valait mieux prendre la vallée de la Bresle que la route plus directe. Ne pas oublier que la vallée de la Bresle ressemble à la Suisse, c’est pourquoi elle s’appelle : La Suisse normande.

 

le Tréport

              Il sera mobilisé le 31 août 1914 et incorporé le 13 septembre au 269ème Régiment d’Artillerie. Sous le commandement du Lieutenant Colonel CHARDON, « il a été maintenu pendant deux mois, sans aucun répit, sur un champ de bataille où se sont livrés des combats très durs et il a largement contribué au succès des opérations qui ont obligé l’ennemi  à battre en retraite. Par le courage et l’esprit de sacrifice des cadres et de la troupe, s’est   acquis  la  confiance  de  L'infanterie et les éloges des Troupes alliées. Le soldat de 2ème classe Pascaut a participé aux opérations de juin et juillet 1918 ». C’est ce qui est inscrit sur son certificat de bonne conduite. Il avait refusé toutes les médailles, la seule qui lui avait été attribuée, il ‘l’a jeté dans une mare en regagnant son domicile. Pour lui, ce n’était pas un honneur d’avoir été obligé de tuer.

 

Certificat de Bonne Conduite 1914 Adrien3

 

Adrien 1914 2

 

 

 Pendant  la guerre de 1914, Il se marie le 22 novembre 1917, avec Marcelle Bourcy.

 

mariage Adrien et Marcelle mariage 22 novembre 1917

Dans les années 1918/1920, il entreprend des études à l'Institut Normal Électrotechnique de Paris et décroche son diplôme d'Ingénieur électricien le 21 septembre 1920. Le diplôme en poche, Il postule auprès de la ville de St. Just en Chaussée comme responsable des Services des eaux de la Ville, son contrat stipule qu'il gagnerait 6.000 francs par an et qu'il serait logé, c'est dans cette maison en plein champ que sa fille a vu le jour le 25 mai 1922.

 

Service des eaux

 

 Le 15 avril 1926, il dépose au Greffe du Tribunal de Commerce, une déclaration d'inscription au Registre du Commerce, inscrite sous le numéro 178 pour l'année 1926. Il s'installe comme Serrurier, Ferronnier d'Art ; ses parents lui donnent une grande parcelle de terrain qui leur servait de jardin rue du Ban St. Pierre, sur laquelle il fait construire un baraquement dans lequel il logera et commencera son activité.

 

registre du commerce

 

 

 

 

Quelques années plus tard, il achètera en face du jardin, une maison  avec dépendances à un cousin éloigné Monsieur Edmond Portemer profession : marbrier. Cette maison donne d'un côté sur la rue du Ban St. Pierre et de l'autre, elle occupe les 15 et 17, rue de Montdidier. N'aimant pas être commandé et ayant un caractère bien trempé,  il travaille seul avec un apprenti Arthur Miné, son épouse de temps à autre l'aide à la perceuse électrique. Son Entreprise devient vite florissante, car partout il y a besoin de reconstruire. Son activité en plus des serrures, c'était aussi la ferronnerie, il excellait  dans les portes et portails en fer forgé, il possédait une voiture et se déplaçait dans tout le département.

 

Adrien Pascaut 1949

 

Pendant la seconde guerre mondiale, trop âgé pour être mobilisé, il continuera son activité. En 1940, il évacuera avec sa famille, son chat et son chien vers Bordeaux, chez ses cousins, ils y resteront plusieurs mois et ils auront une vie beaucoup plus calme.

 

Exode au Bouscat juillet 1940 avec Jean Marie Redon 2

 

 

Après quelques mois de tranquillité, ils décideront de remonter chez eux. Au moment de partir « Minette » s’était sauvée, après l’avoir recherchée en vain, ils décidèrent de partir sans savoir, que plusieurs mois après à St. Just un matin en ouvrant la porte, elle serait là, maigre, moche, sale et fatiguée ; mais c’était bien Elle, car elle s’est dirigée directement à l’endroit où sa gamelle se trouvait avant leur départ. Petite joie simple de l’amour d’une chatte qui n’avait pas oublié sa maison et ses maîtres.

 

Avant les dommages de guerre 1948 1950 2

 

Mais avant ce retour inattendu, le bonheur  de retrouver la maison encore debout, celle des voisins n’y était plus, la leur était en triste état mais ils allaient pouvoir reprendre leur vie.

 

retour d'exode

  Après la seconde guerre mondiale, la paix revenue grand-père,  occupait ses moments libres en jouant de la mandoline. Dans un premier temps il jouait sur une mandoline des années 1906, Offerte par son beau-frère italien Pierre Chiari. Très habile de ses mains, il s’en construira une  autre, avec de vieux bidons laissés par les allemands dans sa cour.

Fin des années 40 Les soirées musicales Saint Justoise

 Il n’avait pourtant pas du tout l’oreille musicale, il, arrangeait ses accords et demandait à sa fille de lui rapporter de Paris,  des partitions modernes de la fin des années 40, il s’entraînait avec  tous les succès à la mode de Charles Trenet, Edith Piaf, Tino Rossi.   Au coin du feu les soirées d’hivers étaient, simples, agréables mais surtout musicales.

partitions anciennes

 Étoile des Neiges et Les escaliers de la butte n’avaient  plus de secrets pour toute sa famille et sans arrêt, les refrains de l’une ou l’autre  se faisaient entendre dans toute la maison. Chaque soir, à l’écoute de son vieux poste de TSF nous écoutions : La Famille Duraton. Chaque matin quand il faisait sa toilette il ne loupait pour rien au monde la chronique politique de Geneviève Tabouis. Le dimanche les Chansonniers, sans compter les pièces de théâtre. C’était un curieux de tout. Quand ils recevaient à déjeuner certains dimanches il y allait de sa chansonnette à faire pleurer tout le monde. Je me souviens en particulier de deux interprétations de Berthe Sylva : « Les Roses Blanches et Du gris que l’on prend dans ses doigts ». Je ne parle pas de quelques chansons paillardes pas tout à fait pour les oreilles chastes de sa petite fille qui était toujours dans les parages.

 C’était aussi un coléreux genre soupe au lait. Il n’hésitait pas à balancer dans le jardin,  le morceau de viande qui se trouvait dans son assiette et qui n’était pas assez tendre à son goût. Ou bien, de retourner l’assiette de soupe sur la tête d’Edith si elle ne voulait pas manger.  Il y a eu aussi, la fessée mémorable parce qu’elle s’était sauvée de l’école quand elle était en cours préparatoire  (ne vous offusquez pas, c’était d’usage à l’époque de recourir à ce genre de châtiment, elle n’en est pas morte). Mais ce grand-père là, elle l’adorait et il ne se passe pas une journée sans qu’elle y pense encore.

Adrien et Edith

 

La mode du fer forgé à l'intérieur des maisons était à son apogée après la seconde guerre mondiale. Dans les années 1950 il s’était spécialisé, dans les rampes et les écrans de salon qui séparent deux pièces. Toutes les maisons bourgeoises de la région en ont été pourvues ; Sa fille et sa petite fille auront le droit chacune en souvenir un beau lampadaire. Il travaillera jusque dans les années 1970. Sans jamais avoir eu une vie de riche, il pouvait dire que sa vie était confortable et lui donnait un statut de notable, respectable dans sa ville. Il terminera ses jours en étant un peu moins aisé, avec une simple  retraite d'artisan,  Il n’a jamais quitté Saint Just en Chaussée. Il est décédé le 25 juillet 1974 à l'hôpital de Compiègne et Il est enterré au cimetière de sa ville, comme il disait : « sa résidence secondaire ».  Sur sa tombe, il avait apposé de son vivant, une clef représentant sa corporation.

 

Adrien 60 ans 2

 Dans mon cœur il restera gravé cette phrase que tout le monde disait :

Ah ! Sacré « Père Pascaut », nous ne l’oublierons pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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